La méthode de lecture synthétique
 

La méthode synthétique est la réponse actuelle irréfutable en termes de neuroscience, de cogniscience et de linguistique, apportée par des travaux de recherche sur la lecture et son apprentissage.
Elle tranche devant l'alternative entre méthode syllabique ou méthode non syllabique.

Les scientifiques spécialisés dans la recherche pédagogique sur la lecture s'entendent sur la nécessité de la capacité des élèves à lire les mots écrits pour parvenir à la maîtrise de la lecture. L'atteinte de cet objectif capital repose sur trois processus cérébraux et cognitifs complémentaires qui sont l'encodage, le décodage et l'identification des mots écrits. Le problème qui se pose alors est celui de la façon de procéder. Elle oppose les scientifiques globalement en tenants de la méthode syllabique et en partisans de la méthode non syllabique. Il faut opter pour une orientation. La neuroscience, plus particulièrement, permet de faire le choix judicieux, celui de la méthode syllabique dite synthétique.

A vrai dire, au vu des connaissances scientifiques actuelles, la question de l'enseignement de la lecture n'est pas de savoir si la méthode pédagogique doit être syllabique ou non syllabique, mais comment doit se concevoir et se construire la méthode de lecture étant donné la manière avec laquelle le cerveau, les mécanismes d'apprentissages et la langue française écrite fonctionnent.

Cela équivaut à affirmer que la méthode de lecture est déterminée par les acquis des recherches disponibles à l'heure actuelle essentiellement en neuroscience, en cogniscience et en linguistique.


Remarques

Les méthodes syllabiques, surtout celles dans lesquelles les mots sont plus ou moins découpés en syllabes, font travailler sur les mots aux structures syllabiques aussi simples que possible telles que celles de tomate, racine, cerise, tige, camarade, tête, table. C’est des mots aux syllabes relativement simples et faciles à prononcer et à mémoriser dans la mesure où les syllabes (groupes de lettres formés de consonnes et de voyelles et prononcés en une seule émission vocale) sont vite repérables et où les lettres se prononcent la plupart du temps comme elles s’écrivent. Voilà pourquoi des témoignages de parents dans des forums font état de leurs enfants qui auraient appris à lire en quelques mois voire quelques semaines avec tels ou tels livres de méthodes syllabiques. Si on examine le contenu de ces livres, on découvre qu’il ne permet pas d’acquérir, surtout avec rigueur et progression, des mots comme berger, bergerie, suffisant, gagner, grignoter, entraîner, carrosserie, atterrir, échec, accessible, conséquent, quand, concurrence, conscience, recenser, essence, essentiel, partie, partiel, ascension, position, passation, nom/mon, faible/fiable, adapter/adopter. La lecture de ces mots ou plutôt des lettres de leurs syllabes répond à des règles de prononciation strictes liées au contexte et à la position que les méthodes syllabiques n’enseignent pas explicitement. Par conséquent, elle n’est pas assez fluide puisque l’enfant est souvent confronté à des mots aux structures syllabiques irrégulières et complexes. En bref, l’enfant manque d’assurance ou ne se sent pas en sécurité de prononciation quand il lit. Son attention se focalise sur le déchiffrage au détriment de la recherche du sens de ce qu’il est en train de lire. De là l’idée répandue selon laquelle les enfants ne comprennent pas ce qu’ils lisent, laquelle s’applique aux méthodes tant non syllabiques que syllabiques.

Il importe de noter que les problèmes soulevés concernent les langues à système d’écriture non phonologique comme le français et demeurent inconnus des langues à système d’écriture phonologique comme le finnois. On imagine qu’il soit beaucoup plus facile pour les enfants finlandais que pour les enfants français d’apprendre à lire. Etant donné les complications orthographiques des mots français, on ne peut pas en un an seulement même en s’y consacrant exclusivement et à plein temps, faire maîtriser la lecture aux enfants, et c’est sans doute pourquoi les programmes de 2008 prévoient justement de démarrer l’apprentissage dès l’école maternelle ; par ailleurs, un démarrage de la lecture en CP plutôt qu’en école maternelle hypothèque la réussite des enfants, parce qu’ils peuvent difficilement en supporter le poids en même temps que ceux des autres matières fondamentales. Quoi qu’il en soit, le problème majeur reste celui de l’adaptation du contenu de la méthode syllabique par rapport aux fonctionnements du français écrit, du cerveau et de l’apprentissage. Sur ce point, les livres de méthodes syllabiques ne sont que très partiellement adaptés par rapport aux connaissances et aux compétences exigées par la lecture et c’est pourquoi ils ont été et sont encore critiqués ; toutefois, ils sont moins contestables que les livres de méthodes non syllabiques. La solution qui s’impose dans les deux cas est de penser le contenu pédagogique de la lecture suivant la nature et le mode de fonctionnement du cerveau, des processus cognitifs et de la langue française écrite.